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Les soldes flottants vont-ils disparaitre?


Les interventions dans les média des différents acteurs concernés par la publication du rapport sur les soldes flottants (repoussée à la mi-novembre) semblent indiquer une remise en cause de cette mesure. Instaurés par la Loi de Modernisation sociale en 2008, les soldes flottants sont 2 semaines de soldes annuels  dont les dates sont, contrairement aux soldes classiques, laissées au libre choix des commerçants. A première vue, un moyen supplémentaire pour booster les ventes et une aubaine pour les consommateurs, alors pourquoi cette remise en cause ?

La dictature du « prix bas »

Depuis une dizaine d'années, notamment avec l'arrivée du « discount » et le développement de grandes enseignes nationales, le consommateur a pris l'habitude d'acheter au meilleur prix. Le « prix bas » est devenu l'argument de vente n°1 dans le commerce en général. Cette guerre des prix est particulièrement visible dans le secteur du prêt-à-porter. Les grandes enseignes nationales dominent l'offre des centres commerciaux et des centres villes. En dehors des périodes de soldes annuelles (janvier et juillet), ces enseignes proposent de façon régulière des opérations commerciales sur des produits ciblés, mais également des promotions portant sur une grande partie de leur stock. Pour le consommateur, difficile de faire la différence entre une opération promotionnelle indiquant « - 20, -30, ou -50 % » et les célèbres « soldes ». Pour rappel, les soldes sont des périodes légales où le commerçant est autorisé à utiliser le mot « soldé » et à vendre éventuellement « à perte » pour déstocker en fin de saison. Ajouté aux nombreuses promotions, le principe des « soldes flottants » qui ne sont pas un rendez vous à date fixe semble avoir ajouté à la confusion. Le consommateur se voyant proposer des remises perpétuelles ne sait plus quelle est la meilleure période pour acheter, le « prix de départ » perd de sa légitimité.

Les commerçants et consommateurs sont dubitatifs

Il semble que le point de vue soit le même du côté de la défense du consommateur que du côté des commerçants dans leur majorité. Le président d'UFC-Que-Choisir dénonce un système qui brouille les repères du consommateur et rend le contrôle de la réalité des remises plus difficile. Côté commerçants, depuis quelques semaines, Charles Melcer (président de la Fédération de l'Habillement) intervient dans les média pour indiquer que les soldes flottants déroutent le consommateur tout en mettant en péril le chiffre d'affaire des commerçants. En effet, les soldes traditionnels de fin de saison permettent de déstocker et donc d'écouler les produits qui ne se sont pas bien vendus en pleine saison. Les soldes flottants intervenant en pleine saison (au moins 1 mois avant les soldes fixes avec déclaration 1 mois avant la date choisie), il est difficile de sélectionner judicieusement les articles à solder. Le danger serait donc la perte de chiffre d'affaire en reniant sur les marges de produits qui auraient pu partir à plein tarif. De plus, ces périodes de soldes flottants étant variables d'un commerçant à l'autre, elles ne constituent pas un « rendez vous », un évènement attirant les clients en magasin. Le Conseil du Commerce de France fait le même constat d'échec et demande le retrait de la mesure. Il  semblerait que seule la grande distribution soit en faveur du maintient des soldes flottants mais en demandant  que celles-ci aient lieu à date... fixe (pour pouvoir communiquer), ce qui dénature de toute façon le principe.

Le rapport commandé par Hervé Novelli,  actuel secrétaire d'Etat au Commerce, à l'IFM* et au Crédoc*  est donc attendu pour statuer sur l'avenir de cette mesure. Si  le gain de liberté pour les commerçants et le gain de pouvoir d'achat pour les consommateurs semblaient séduisants, il semble que les retombées n'aient au final pas été à la hauteur des espérances. Ce constat d'échec peut peut-être ouvrir un autre débat, celui des conséquences du « prix bas » comme premier critère dans l'acte d'achat...

* Institut Français de la Mode

* Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie